
Les Abeilles sont menacées. Voilà un constat indiscutable et alarmant. Mais la situation est bien plus complexe qu’il n’y paraît…
À cause des pesticides/herbicides/insecticides (tous ces noms en « cide » aussi toxiques que chimiques), de l’agriculture intensive qui les utilise par tonnes, mais aussi du changement climatique, et depuis quelques années du Frelon Asiatique, les apiculteurs perdent leurs ruchers et leurs colonies d’Abeilles.
Après ce constat, certaines campagnes étant devenues inhospitalières, l’idée de mettre des ruchers en ville est apparue. Même avec la pollution, les Abeilles survivent mieux que face aux « tueurs chimiques« . L’idée paraissait bonne… si on ne prend en compte que l’Abeille Domestique… Car comme souvent, en voulant réparer ses erreurs, l’humain en fait d’autres, parfois pires.
Il existe en France près de 1000 espèces d’Abeilles. La base de données sur le site GeoNat’ïdF de « L’Observatoire des Abeilles Sauvages » en cite 983 espèces.
Une étude publiée en février 2026 dans Nature Communications est encore plus précise. Il y a 20 934 espèces scientifiquement reconnues, et entre 25 000 et 26 000 estimées. Peut-être plus, car ces estimations basées sur des statistiques montrent que suivant les pays ou régions, la recherche n’avance pas à la même vitesse. Donc il resterait plusieurs milliers d’espèces à reconnaître…
L’humain veut coloniser la Lune, Mars, mais n’a pas encore fait l’inventaire complet de ce qu’il existe sur Terre. Et en mer, les scientifiques estiment que l’on n’a découvert que 10 à 20% des espèces des grands fonds !
Petite pensée très personnelle, au moins on leurs fiche la paix… mais vous avouerez que c’est incroyable que nous ayons encore autant d’inconnues à découvrir.
Mais revenons aux Abeilles. La majorité de ces espèces sont sauvages, et souvent solitaires. Très peu vivent en colonie, et font du miel.
Quant aux Abeilles que l’on a domestiquées pour produire du miel, en France ce n’est qu’une seule et même espèce: Apis Mellifera.
Il y a toutefois plusieurs sous-espèces élevées en France. Par exemple Apis Millifera Millifera (l’Abeille Noire), Apis Millifera Ligustica (l’Abeille Italienne), et plusieurs croisements de sous-espèces.
Il existe aussi ce que l’on appelle des écotypes locaux, comme l’Abeille Noire de Corse, Apis Millifera Millifera Corsica. Celle-ci s’est adaptée au climat méditerranéen et aux conditions particulières de l’île. Au cours de son évolution elle a même développé des particularités morphologiques.
Elle est protégée depuis 1982, et l’importation de « cheptel et matériel apicole usagé » est interdite (voir le Site de L’AOP du miel de Corse). On y apprend que pour contribuer à sa préservation, il a été créé depuis 2025 une « station de sélection et de multiplication« . J’avais vu un documentaire sur l’élevage de reines, qui sont ensuite mises à disposition des apiculteurs de l’île.
Ça c’est pour l’Abeille Mellifère… mais quand est-il des 983 espèces sauvages ?
Deux chercheurs de l’INRA ont mené une étude entre 2014 et 2018 dans le Massif de la Côte Bleue près de Marseille, appelée Concurrence Alimentaire entre Abeilles Sauvages et Domestiques. Leurs résultats sont édifiants… 50% de réduction de l’abondance des Abeilles Sauvages dans un rayon de 900 mètres autour des ruchers !
Ces chercheurs ont mis en évidence une « zone d’influence » (ou « d’emprise« ) de 600 à 1200 mètres autour des ruchers. La disponibilité alimentaire sera partagée entre toutes les Abeilles, et les Abeilles Sauvages sont les grandes perdantes…
Plus étonnant, l’étude a aussi mis en évidence une compétition intra-spécifique. Si les ruches sont trop nombreuses et trop près les unes des autres, cela ferait baisser jusqu’à 44% la quantité de nectar collecté par les butineuses. Au risque de les épuiser puisqu’elles doivent redoubler d’efforts pour récolter ce nectar, indispensable à la colonie. Les apiculteurs sont donc aussi perdants, risquant d’épuiser leurs cheptels et de voir diminuer la quantité de miel produit…
Vous commencez à comprendre le titre de mon article ? L’humain veut sauver les Abeilles, mais en privilégiant 1 espèce au détriment des 983 autres… et nous avons grand besoin des 99% d’Abeilles Sauvages.
Je ferai un autre article pour parler d’elles. Il en existe de nombreuses couleurs (bleues, noires…), de tailles très diverses… Certaines sont très spécialisées et ont des modes de vie étonnants. Elles font partie de la biodiversité indispensable, dans la nature comme dans nos jardins.
Mon but ici est de mettre en évidence une idée reçue et une mode qui prend de l’ampleur, chacun voulant sa ruche personnelle dans son jardin. Comme vous le voyez, multiplier les ruches et les ruchers est une grosse erreur.
Mais attention, je ne suis pas en train de critiquer les apiculteurs ! Au contraire, il faut les défendre et les aider. En leurs offrant des espaces (privés ou publics) sans produits chimiques, des vergers, des garrigues, des forêts, où ils peuvent installer leurs ruches.
En participant à la lutte contre le Frelon Asiatique. Si vous voyez plusieurs individus, c’est qu’un nid n’est pas loin. Essayez de le trouver et faites appel à des professionnels pour le détruire. Mais n’improvisez pas des pièges faits maison. On trouve des recettes sur internet, souvent à base de sirops, de bière… Ces pièges attirent et tuent plus d’auxiliaires bénéfiques que de frelons et sont donc contreproductifs.
Et très important, comme pour beaucoup de produits, privilégiez les miels de qualité, achetés directement aux apiculteurs. Sur les marchés, sur leurs sites internet… Bannissez les miels des supermarchés (les flacons en plastiques et autres bas prix), faits au mieux de mélanges de miels venus de l’étranger (beaucoup de Chine ou d’Europe de l’Est), au pire de sucres colorés et aromatisés. Ces mauvais voire faux miels seront néfastes pour votre santé et sont une concurrence déloyale pour les apiculteurs sérieux.
Quant à accueillir une ruche dans votre jardin, certes vous aurez une (très) petite récolte de miel. Mais au détriment des précieuses Abeilles Sauvages. Donc à moins que vous n’ayez une très grande parcelle, avec beaucoup d’arbres et de fleurs, permettant d’avoir les +/- 1000 m autour de cette ruche, plus un autre grand espace pour les autres pollinisateurs, et ainsi éviter la « Concurrence Alimentaire » vue plus haut, laissez l’apiculture aux apiculteurs…
Prenez plutôt soin de la biodiversité présente naturellement dans votre jardin, Abeilles Sauvages, mais aussi Bourdons (particulièrement utiles pour la pollinisation des tomates), Syrphes, Coccinelles… laissez leurs des espaces naturels (tas de bois, de feuilles, fleurs sauvages…). Tous ces précieux auxiliaires mangeront les pucerons et autres ravageurs de vos plantations, et un équilibre naturel, sans concurrence néfaste, se mettra en place doucement. Vous évitant pas mal de travail et sans produits en « cides » vus en début d’article…
Sauvons les Abeilles, mais toutes les Abeilles !